Renate Künast et la lutte contre la désinformation sur les réseaux sociaux
Renate Künast s’attaque en justice aux fausses déclarations. (Image d’archives)
Un mème circulant sur Facebook affiche le visage de Renate Künast accompagné d’une citation qu’elle n’a jamais prononcée : « L’intégration commence par le fait que vous, en tant qu’Allemand, appreniez le turc ! » Malgré l’absence de fondement, cette phrase suscite des commentaires haineux à son encontre sur la plateforme.
Künast a décidé de réagir par voie légale. La Cour fédérale de justice examine désormais si la plateforme doit seulement supprimer des citations signalées ou si elle doit également entreprendre des actions contre des mèmes similaires. Ce procès s’inscrit dans un débat plus large sur la liberté d’expression et la responsabilité des réseaux sociaux.
Künast : Les victimes ne peuvent pas retrouver tous les posts
Depuis 2015, Renate Künast lutte contre la propagation de cette citation erronée. Elle a déjà remporté des procès contre certains utilisateurs de Facebook. Il est indéniable que ce mème porte atteinte à ses droits à la personnalité. Cependant, Künast souligne la difficulté de devoir se battre contre chaque publication de manière isolée.
« C’est toujours reproductible. En tant que victime, il est impossible de suivre. »
Renate Künast
Neuf variantes de cette citation non vérifiée ont déjà été retirées par la plateforme suite à des signalements, bien que certaines images aient légèrement modifié l’orthographe de son nom, rendant l’identification plus difficile.
Responsabilité et modération humaine
Ce cas met en lumière la rapidité de propagation des fausses informations sur Internet, tandis que les actions pour les contester peuvent s’avérer laborieuses. Künast exige aujourd’hui que Meta, la société mère de Facebook, prenne des mesures proactives pour éradiquer également des mèmes similaires de la plateforme.
En d’autres termes, un changement de police, une faute de frappe ou un commentaire ajouté ne devraient pas soustraire Facebook à sa responsabilité concernant la diffusion d’une citation mensongère.
Quand les plateformes sont-elles responsables du contenu de leurs utilisateurs ?
Conformément à la nouvelle loi sur les services numériques (DSA) et à l’ancienne directive sur le commerce électronique, les plateformes de médias sociaux en Europe ne sont pas automatiquement responsables des contenus illégaux publiés par leurs utilisateurs. Elles ont cependant l’obligation de supprimer les contenus litigieux dès qu’elles en prennent connaissance.
Pour la plateforme, ces exigences seraient excessives. Lors de l’audience, les avocats de Meta ont soutenu qu’une obligation de suppression aussi large exigerait une évaluation juridique de chaque publication, ce qui serait impraticable et risquerait d’entraîner la suppression de contenus protégés par la liberté d’expression, donnant lieu à ce qu’on appelle un “overblocking”.
Une affaire qui pourrait prendre des années à se résoudre
Il est probable que la Cour fédérale de justice ne prenne pas de décision rapide quant à ce cas. Les droits et obligations des plateformes numériques et de leurs utilisateurs sont régis au niveau européen. Les juges ont suggéré qu’ils pourraient poser des questions préjudicielles à la Cour de justice européenne, soulignant la nécessité de clarifier la relation entre le droit européen en matière de protection des données et la DSA.
Il est donc possible que des années s’écoulent avant que toutes ces questions soient résolues et qu’un tribunal allemand se prononce définitivement sur le cas de Künast.
Künast et HateAid espèrent une décision de principe
« Chaque procédure nous rapproche d’une plus grande sécurité juridique. »
Josephine Ballon, de l’organisation HateAid
Ils considèrent que le principe de la protection de la liberté d’expression est un argument fallacieux. Selon eux, les plateformes peuvent, avec un effort raisonnable, distinguer entre les propos légitimes et les contenus manifestement illégaux. Ces derniers ne doivent pas bénéficier de cette protection : « Un mensonge n’est pas de la liberté d’expression. »
Points à retenir
- La désinformation sur les réseaux sociaux constitue une préoccupation croissante en matière de protection des personnalités publiques.
- Les plateformes de médias sociaux sont confrontées à des défis juridiques sur leur responsabilité concernant les contenus publiés par les utilisateurs.
- Le cas de Renate Künast illustre la nécessité d’une action collective pour contrer la propagation de fausses informations.
Ce débat soulève des questions fondamentales sur la manière dont la liberté d’expression est exercée sur les réseaux sociaux et sur la responsabilité des plateformes face aux abus. Comment trouver un équilibre entre la protection des individus et la liberté d’expression dans le monde numérique ? Cette question mérite d’être sérieusement discutée.


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