Simicro » Actualités » Nouvelles Technologies » Comment la digitalisation révolutionne l’agriculture en Suisse

Comment la digitalisation révolutionne l’agriculture en Suisse

Des drones à l’optimisation de la reproduction : les nouvelles technologies transforment l’agriculture. Toutes les voix ne se réjouissent pas dans ce secteur traditionnel.

La Fondation Château Biberstein utilise des drones dans la viticulture pour pulvériser ses vignes avec des produits phytosanitaires.

La Fondation Château Biberstein utilise des drones dans la viticulture pour pulvériser ses vignes avec des produits phytosanitaires.

Britta Gut / AZM

Le secteur agricole voit l’émergence d’un nouveau métier : celui de pilote de drone. Martin Germann et Adrian Hohl, qui travaillent pour la coopérative agricole Landi Weinland, expliquent que la technologie des drones a évolué de manière significative. Il y a six ans, ils ont utilisé pour la première fois un petit drone afin de traiter des vignes sur des pentes abruptes, des endroits difficiles d’accès pour les vignerons. Désormais, des drones capables de transporter jusqu’à 50 kilogrammes et de pulvériser de vastes champs sont disponibles.

Pour les agriculteurs, cela peut constituer un véritable atout. L’été dernier, de fortes pluies en Suisse ont engendré des problèmes de mildiou pour les agriculteurs. Les mesures préventives étaient compliquées à mettre en œuvre en raison de la saturation des sols, rendant l’accès aux champs avec des machines agricoles impossible. Les pilotes de drone de Landi ont réussi, dans certains cas, à appliquer les traitements phytosanitaires depuis les airs, sauvant ainsi une partie des récoltes.

Drones, robots, algorithmes

Les deux pilotes de drones se sont récemment rendus à Tänikon, dans le canton de Thurgau. C’est ici qu’Agroscope, l’institut de recherche agricole du gouvernement, gère une “Future Farm”. De plus, la Haute école spécialisée de l’Est (OST) a ouvert un institut pour les systèmes intelligents et l’agriculture numérique. Cette initiative vise à être un centre d’innovation pour les technologies modernes dans le secteur agricole. En plein Thurgau, cela envoie un message fort : le rural et le progrès numérique peuvent coexister.

Lors de l’inauguration, d’autres “techno-enthousiastes” et praticiens ont exposé leurs innovations. Les images satellites sont devenues si précises qu’elles permettent d’analyser la qualité du sol. L’intelligence artificielle est utilisée pour détecter les infestations de parasites dans les images. De petits robots sont désormais mobilisés pour lutter de manière ciblée contre les mauvaises herbes. Des mini-laboratoires portables permettent aux agriculteurs de mesurer la qualité nutritionnelle des aliments pour animaux.

La reproduction animale ne reste pas en reste, avec l’introduction de technologies numériques. Les éleveurs cherchent à optimiser la productivité avec des vaches laitières saines et performantes. Pour cela, les associations d’éleveurs utilisent des algorithmes afin de sélectionner le taureau le mieux adapté à chaque vache. C’est ce qu’on appelle une “appariement précis à la demande”.

Un changement inattendu et rapide

Mais beaucoup de Suisses conçoivent l’agriculture à travers un prisme romantique, souvent associée à l’image de la vie pastorale où la technologie ne se limite qu’à la présence d’un tracteur. Pourtant, la réalité est bien différente. Dans la région du Mittelland, des exploitations laitières utilisent depuis longtemps des robots alimentateurs autonomes. Le fermier n’est plus nécessaire pour la traite, les vaches se rendent par elles-mêmes vers un robot qui les identifie grâce à une puce et suit leur comportement avec précision.

Une nouvelle poussée technologique se fait sentir dans l’agriculture. “Les technologies numériques se sont intégrées bien plus rapidement que je ne l’aurais anticipé”, constate Urs Niggli, une figure respectée dans le domaine du bio en Suisse, à la tête de l’institut d’agroécologie à Aarau. Cette évolution est alimentée par la baisse des coûts et la réduction de la taille des appareils. Des essais avec des moissonneuses-batteuses autonomes sont déjà en cours, et Niggli est convaincu que dans quelques années, chaque machine agricole sera contrôlée par GPS et données satellites.

Le drone peut être piloté manuellement ou suivre automatiquement la zone à traiter.

Le drone peut être piloté manuellement ou suivre automatiquement la zone à traiter.

Britta Gut / AZM

Peur de perdre le contrôle

Cependant, cette révolution technologique n’est pas sans complications pour les agriculteurs. Une première problématique réside dans le fait que les agriculteurs doivent déléguer certaines tâches, ce qui est souvent perçu comme une perte de contrôle. Par exemple, en cas de panne d’un robot de traite, l’agriculteur ne peut plus procéder lui-même à la réparation et doit faire appel à un spécialiste.

La situation est semblable avec les drones. Avoir son propre drone dans son matériel est souvent inenvisageable pour la plupart des agriculteurs. En effet, piloter un drone nécessite une licence et n’est pas une tâche simple; les deux pilotes de Landi mentionnent que le drone redescend parfois plus vite que prévu. Ainsi, de nombreux agriculteurs choisiront de faire appel à des entreprises spécialisées pour ces services, accentuant ainsi la division du travail dans le secteur agricole.

Par ailleurs, la rapidité du changement peut par moments être déstabilisante pour les agriculteurs. L’agriculture reste en grande partie une industrie traditionnelle où les habitudes ont un poids important. Les connaissances sur les méthodes agricoles sont souvent transmises de génération en génération. Des conflits peuvent survenir lorsque, par exemple, les systèmes basés sur l’IA suggèrent des pratiques contraires aux traditions.

De plus, certains agriculteurs craignent une surveillance accrue. “Il existe de nombreuses inquiétudes quant à une éventuelle soumission totale de leurs données aux autorités ou aux entreprises”, déclare l’expert Niggli. Un exemple est le projet Digiflux, qui est actuellement l’initiative de numérisation la plus importante du gouvernement dans le secteur agricole. À partir de l’année prochaine, les commerçants et agriculteurs devront enregistrer quelles substances phytosanitaires, engrais et aliments pour animaux ils utilisent. Cela permettra également à l’État de contrôler si les objectifs de réduction fixés politiquement sont atteints pour les produits phytosanitaires et les nutriments.

Cette démarche suscite des réactions dans le secteur agricole. L’association nichtszumelden.ch, qui regroupe environ 200 exploitations agricoles, parle de “contrôle total” et refuse de transmettre des données au gouvernement. Urs Niggli précise : “Le gouvernement accorde une grande importance à la protection des données. Cependant, de nombreux agriculteurs se sentent intimés d’agir en raison de leur dépendance aux paiements directs.” Ils craignent un système de contrôle où l’État pourrait éventuellement réduire directement les subventions si un agriculteur utilise trop de pesticides.

L’agriculture redevient attrayante

Il se pourrait bien que la numérisation entraîne une fracture au sein de la profession. D’un côté, il y aurait ceux qui rejettent les technologies numériques en revenant aux méthodes traditionnelles. De l’autre, les enthousiastes cherchant à tirer parti de ces nouvelles opportunités.

Actuellement, les espoirs futurs semblent prédominer. Les nouvelles technologies promettent une réduction de la charge de travail pour les agriculteurs, une production plus efficace et un impact environnemental réduit, grâce à des robots de précision capables d’appliquer les produits phytosanitaires de manière ciblée et économique.

Par ailleurs, cette transformation apporte un effet secondaire bienvenue : grâce aux nouvelles technologies, l’agriculture redevient une option séduisante. À Tänikon, il est déjà évident que les jeunes s’intéressent de plus en plus à ce secteur.

Points à retenir

  • Les drones offrent de nouvelles possibilités pour traiter les cultures, notamment dans des terrains difficiles d’accès.
  • De plus en plus de technologies numériques, comme l’intelligence artificielle et les robots, trouvent leur place dans les exploitations agricoles modernes.
  • La transition vers des pratiques agricoles numérisées peut provoquer des craintes quant à un éventuel perte de contrôle et à la surveillance accrue des données personnelles.
  • Des mouvements de résistance émergent face à la numérisation et à la réglementation accrue dans le domaine agricole.

La discussion sur l’intégration des technologies modernes dans l’agriculture soulève des questions intéressantes. Alors que certains agriculteurs embrassent ces avancées, d’autres restent attachés à des méthodes traditionnelles. Comment ce contraste influencera-t-il l’avenir du secteur agricole ? Une réflexion individuelle pourrait nous aider à envisager des solutions d’harmonisation entre tradition et innovation.



  • Source image(s) : www.nzz.ch

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *