Une découverte surprenante : Depuis près d’un siècle, un crâne provenant d’Éphèse était considéré comme un possible vestige de la demi-sœur de Cléopâtre, Arsinoé IV. Cependant, de nouvelles analyses révèlent que ce crâne vieux d’environ 2100 ans appartient en réalité à un jeune garçon de l’Italie romaine. L’identité de ce jeune et les raisons de son inhumation dans le somptueux “Octogone” d’Éphèse demeurent un mystère, tout comme le sort de la sœur de Cléopâtre.
Cléopâtre VII, membre de la dynastie des Ptolémées, est la dernière reine d’Égypte et l’une des figures les plus emblématiques de l’Antiquité. Son histoire continue de soulever de nombreuses questions. Son apparence réelle reste un sujet de débat, tout comme la localisation de son tombeau, que les archéologues cherchent en vain depuis des siècles.

Le sort tragique d’Arsinoé
Tout aussi dramatique et mystérieux est le destin d’Arsinoé IV, la demi-sœur cadette de Cléopâtre. Elle a joué un rôle notable en tant que “contre-reine” à partir de 48 avant J.C., dirigeant une armée égyptienne contre la domination romaine. Toutefois, son armée fut vaincue, et elle fut capturée et exilée à Éphèse, où Marc Antoine, successeur de César, ordonna son exécution en 41 avant J.C.
Le mausolée connu sous le nom d’Octogone d’Éphèse est alors entré en jeu. Cet édifice octogonal était situé sur l’avenue principale de l’ancienne ville, ce qui laisse supposer qu’il était destiné à une personne de haut rang. En 1929, une équipe d’archéologues autrichiens dirigée par Josef Keil a découvert dans cet Octogone un sarcophage en pierre contenant un squelette. Keil a conservé le crâne et a initialement conclu qu’il appartenait à une femme d’environ 20 ans d’un statut social élevé.
Qui était cette personne ?
La question de l’identité de cette dépouille est restée sans réponse pendant longtemps. Dans les années 1980, une théorie audacieuse a émergé, suggérant que le crâne et le squelette pouvaient appartenir à la demi-sœur de Cléopâtre, Arsinoé. Cette hypothèse prenait sens, d’autant plus qu’Arsinoé serait morte à Éphèse et que l’Octogone était construit dans un style ptolémaïque. Cette fameuse “contre-reine” aurait-elle trouvé son repos final au sein de cet édifice ?
Pour élucider cette question, une équipe dirigée par Gerhard Weber de l’Université de Vienne a soumis le crâne d’Éphèse et d’autres fragments de squelettes découverts plus tard à une série d’analyses, allant des datations au radiocarbone à des études de tomographie et d’analyses ADN.
Un adolescent à la place d’une reine
Les résultats ont révélé que le crâne et les ossements provenaient bien de l’époque de Cléopâtre et d’Arsinoé, avec des datations estimées entre 2050 et 2230 ans. Les analyses génétiques ont également prouvé que le crâne pris en 1929 et les os découverts par la suite appartenaient au même individu, un jeune garçon.
Ce qui est surprenant, c’est que, contrairement à ce qui avait été supposé pendant des décennies, il ne s’agit pas d’une femme, mais d’un garçon d’environ 11 à 14 ans. Les analyses ont montré la présence d’un chromosome Y, indiquant ainsi un sexe masculin.
En conséquence, il devient évident qu’Arsinoé n’a pas été inhumée à l’Octogone d’Éphèse, et ses restes demeurent introuvables. Les circonstances de sa sépulture, ainsi que la préservation de son tombeau, restent floues. Les chercheurs soulignent l’importance de poursuivre ces recherches pour découvrir son destin et la validité de la théorie selon laquelle l’Octogone aurait été construit en son honneur.

Les mystères persistent
Mais qui étaient ce jeune garçon et pourquoi a-t-il été enseveli dans un édifice si prestigieux ? Les analyses ADN indiquent qu’il ne s’agissait pas d’un Égyptien, mais d’un individu présentant des affinités génétiques avec les habitants antiques de l’Italie et de la Sardaigne. Ainsi, il pourrait avoir fait partie de la population romaine d’Éphèse. Cependant, il reste à déterminer s’il est né à Éphèse ou venait d’ailleurs.
Les caractéristiques anatomiques du crâne donnent des pistes sur cet adolescent : certaines sutures crâniennes étaient précoce, entraînant un développement asymétrique de son crâne, sa mâchoire étant aussi particulièrement sous-développée, ce qui a pu provoquer des difficultés de mastication.
Les raisons de ces troubles de croissance restent à déterminer. Les chercheurs envisagent un déficit en vitamine D durant l’enfance ou des malformations génétiques telles que le syndrome de Treacher Collins, qui engendre également des déformations du crâne et des os faciaux.
Les nouvelles analyses ont ainsi permis de répondre à certaines questions concernant le crâne d’Éphèse, tout en en soulevant d’autres. L’emplacement d’Arsinoé IV et l’identité du jeune garçon demeurent des énigmes. Reste à savoir pourquoi ce jeune, porteur de déformations significatives, fut inhumé dans un bâtiment aussi imposant au cœur d’Éphèse.
Il est manifeste que le mausolée était destiné à une personne de très haut statut social. Il est donc plausible que ce jeune romain ait eu un rang élevé, mais lequel et qui il était, reste un mystère. (Scientific Reports, 2025; doi: 10.1038/s41598-024-83870-x)
Article original rédigé par : Nadja Podbregar
Points à retenir
- Le crâne, considéré comme étant celui d’Arsinoé IV, appartient en réalité à un jeune garçon romain.
- L’Octogone d’Éphèse, magnifique mausolée, soulève des questions sur les pratiques funéraires de l’époque.
- Les anomalies génétiques du jeune garçon pourraient offrir des pistes sur les conditions de santé dans l’Antiquité.
Ce cas unique incite à une réflexion plus approfondie sur les dynamiques sociales et politiques sous l’Empire romain et sur la représentation du statut à travers l’architecture funéraire. La découverte de cet adolescent dans un sépulcre prestigieux ouvre la voie à des interrogations sur les échanges culturels et les identités dans l’Antiquité. Quelles autres histoires ces ossements pourraient-ils raconter sur le passé ?
- Source image(s) : www.scinexx.de


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