Source : Fraunhofer SIT
De nouvelles technologies, telles que l’intelligence artificielle, ouvrent la voie à un « après-vie numérique » sous forme d’avatars ou de chatbots. Une équipe de recherche du Fraunhofer Institut pour les technologies de l’information sécurisées ainsi que de l’Université de Tübingen a élaboré des recommandations pour la gestion de ces avatars dans l’étude intitulée « Éthique, Droit et Sécurité de la Vie Numérique Après la Mort ».
Une des découvertes majeures est d’ordre économique : l’industrie de l’après-vie numérique, qui propose des solutions permettant de continuer à vivre numériquement après la mort, est perçue comme un marché en pleine expansion. De plus en plus de personnes souhaitent laisser une empreinte durable au-delà de leur existence. Les chercheurs notent que les proches sont souvent désireux de pouvoir à nouveau communiquer avec un être cher disparu. Des reproductions numériques de défunts semblent répondre à ces désirs, allant des voix de grands-mères disparues enregistrant des livres audio, à des chatbots simulating des conversations avec des personnes décédées, jusqu’à des avatars numériques qui imitent l’apparence, les gestes et les manières de ces individus. Les récents progrès dans le domaine de l’intelligence artificielle et des mondes virtuels laissent entrevoir que ces avatars pourraient devenir encore plus réalistes, tant au niveau physique (voix, gestes) que comportemental. Ces nouvelles technologies légitiment également des interactions de plus en plus naturelles entre les êtres humains et les avatars.
Cependant, cette situation soulève de nombreuses questions culturelles, juridiques et techniques qui restent à clarifier : Comment allier la présence d’avatars avec le respect et le deuil ? Comment garantir les droits des défunts tout en prévenant les abus ? Ce sont autant de questions auxquelles se penchent des chercheurs en informatique et en droit du Fraunhofer SIT ainsi que ceux de l’Institut International d’Éthique en Sciences de l’Université de Tübingen, qui ont créé un panorama systématique de la vie numérique après la mort.
Cette étude débute par l’analyse des évolutions des cultures de la mort, du deuil et des rites funéraires, ainsi que l’émergence de l’industrie de l’après-vie numérique et des représentations culturelles associées. La seconde partie traite des moyens techniques actuels de création de doubles numériques humains, ainsi que des questions de protection et de sécurité des données personnelles nécessaires à la création d’un avatar. Enfin, la troisième partie examine la perspective juridique sur la vie numérique après la mort, notamment les obligations des prestataires de services, la légalité du traitement des données et les menaces potentielles sur la vie privée. L’étude se conclut par des recommandations pour la gestion des avatars de la vie numérique : les individus endeuillés utilisant ces services devraient bénéficier d’une protection juridique particulière pour éviter abus et exploitation ; et les fournisseurs commerciaux devraient respecter des obligations de transparence, en particulier concernant le traitement des données nécessaires à la création d’un avatar numérique. Les chercheurs préconisent également de marquer clairement les avatars comme tels et de restreindre leurs capacités d’interaction.
Cette recherche a été réalisée dans le cadre d’un projet collaboratif soutenu par le Ministère fédéral de l’Éducation et de la Recherche (BMBF) sur le thème « Éthique, Droit et Sécurité de la Vie Numérique Après la Mort » (Edilife), dirigé par l’Institut International d’Éthique en Sciences de l’Université de Tübingen en collaboration avec le Fraunhofer Institut pour les technologies de l’information sécurisées. L’étude est disponible en téléchargement gratuit.
Points à retenir
- La digitalisation après la mort pose des enjeux éthiques et juridiques significatifs.
- Les avatars numériques peuvent aider à maintenir un lien avec les défunts, mais leur utilisation doit être encadrée pour protéger les droits des personnes.
- Des recommandations sont proposées pour assurer une utilisation responsable des technologies liées à la mémoire numérique.
La question de la vie numérique après la mort interpelle notre définition de l’identité et de la mémoire. Alors que les technologies continuent d’évoluer rapidement, il est essentiel de réfléchir aux implications psychologiques et socioculturelles de ces avancées. La frontière entre le souvenir et la simulation peut devenir floue, amenant chacun à s’interroger sur le sens du deuil et la manière dont nous souhaitons nous rappeler et honorer nos proches disparus.
- Source image(s) : www.linux-magazin.de


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