La montée de l’intelligence artificielle chamboule actuellement de nombreux secteurs à l’échelle mondiale, illustrant une situation paradoxale. En dépit de l’augmentation de la demande pour des professionnels capables d’exploiter le potentiel de cette technologie, les compétences en lien avec l’IA sont toujours en forte carence.
Ce manque de compétences en IA, englobant des domaines tels que l’apprentissage automatique, l’ingénierie des invites, la science des données, ainsi que la compréhension des enjeux éthiques liés à l’IA, représente un obstacle majeur à une utilisation efficace de cette technologie. Dans un rapport récemment publié, 47 % des dirigeants avouent que leurs collaborateurs manquent des qualifications nécessaires. Cela complique la mise en œuvre des projets IA, de leur conception à leur réalisation. Selon le Forum économique mondial, six employés sur dix auront besoin d’une formation d’ici 2027, alors que seulement la moitié d’entre eux a accès à des possibilités de formation adéquates.
Cette lacune en matière de qualifications n’est pas seulement préoccupante pour les carrières individuelles, mais aussi pour la croissance économique globale. Pour exploiter les opportunités offertes par l’IA, il est crucial de repenser les méthodes d’éducation et de formation. L’année prochaine, il est probable que les établissements éducatifs mettent davantage l’accent sur les compétences en matière d’éthique de l’IA, en proposant un apprentissage flexible tout au long de la vie et en intégrant l’IA dans leur curriculum pour rester compétitifs.
Le problème de l’« IA fantôme »
Les compétences éthiques liées à l’IA deviennent une préoccupation centrale, et ce, pour des raisons évidentes. En quelques années, l’IA générative est devenue accessible à toute personne disposant d’un ordinateur et d’une connexion Internet. Cette situation soulève des questions pour les employeurs et leurs départements informatiques, notamment en ce qui concerne l’utilisation non autorisée de l’IA générative par leurs employés, ce qui pourrait engendrer divers risques en matière de sécurité, de conformité et de réputation. Par ailleurs, les salariés doivent comprendre les enjeux éthiques de l’IA pour gérer efficacement ces nouveaux agents IA, des outils capables d’automatiser des tâches complexes qui nécessiteraient par ailleurs une intervention humaine.
Tant l’IA fantôme que l’IA agent nécessitent de nouvelles directives pour aider les utilisateurs à sécuriser les applications d’IA en se basant sur des pratiques éthiques responsables. Dans cette optique, les prestataires de formations intégreront des sujets tels que l’explicabilité, l’équité, la stabilité, la transparence et la protection des données dans leur programme. Sans ces connaissances fondamentales, les personnes responsables de la protection des données ou de la gestion des systèmes autonomes seront mal préparées, par exemple.
Avec l’évolution rapide de l’IA et des autres technologies, l’apprentissage permanent deviendra la norme. Ce processus d’apprentissage se divise en trois phases : le développement de compétences répondant aux besoins immédiats, l’anticipation des futures exigences et la fourniture d’expertises constamment demandées.
De nombreuses fonctions traditionnelles au sein des entreprises sont également sur le point de se transformer. Par exemple, certains employés qui travaillent actuellement de manière autonome (sans encadrer de personnel) pourraient être intégrés dans de nouvelles équipes où ils géreront des agents IA. Pour s’adapter à ce changement fondamental, la demande pour des cours en ligne et des qualifications numériques dans des domaines liés à l’IA, comme le traitement du langage naturel et l’apprentissage automatique, devrait augmenter. En outre, l’utilisation croissante des ordinateurs quantiques nécessitera de nouvelles compétences. La diversité croissante des cyberattaques – telles que les hacks HNDL (Harvest Now, Decrypt Later) – souligne également l’importance d’une mise à jour constante des connaissances en cybersécurité.
C’est pourquoi nous collaborons avec des établissements communautaires dans quatre États américains pour offrir un nouveau diplôme en cybersécurité, visant à préparer les étudiants à des postes très recherchés sur le marché du travail. De même, grâce à notre partenariat avec la Singapore Polytechnic et des collèges et universités historiquement afro-américains (HBCUs) aux États-Unis, nous offrons des formations gratuites en intelligence artificielle aux jeunes étudiants. Bien que ce processus commence dans la salle de classe, il est raisonnable de penser que l’évolution des technologies pertinentes générera davantage d’opportunités de formation. Pour ceux qui souhaitent rester compétitifs sur le marché du travail, l’apprentissage tout au long de la vie est désormais indispensable.
Enfin, les technologies d’IA et d’automatisation devraient rendre les plateformes éducatives beaucoup plus efficaces, comme nous le constaterons probablement en 2025. Les solutions basées sur l’IA ont atteint un tournant, passant de « simples atouts » à « éléments indispensables ». Les formateurs, qu’ils soient dans des écoles ou d’autres organisations, exploreront de nouvelles manières d’utiliser les outils assistés par l’IA pour personnaliser les expériences d’apprentissage, comprendre les besoins des apprenants et les associer à des cours pertinents, voire améliorer le coaching et le retour d’informations.
De plus, ces technologies seront en mesure d’améliorer certains aspects du service client dans le secteur éducatif. Par exemple, chez IBM, nous avons déjà constaté les avantages de l’utilisation de l’IA pour analyser les retours d’expérience de plus de 60 000 apprenants dans 47 langues. Cela nous a incités à simplifier le processus d’inscription en ligne et d’autres parties du parcours d’apprentissage. Au cours des années à venir, les systèmes et plateformes éducatifs bénéficieront également des modèles d’IA multimodaux capables de traiter des contenus audio, vidéo, graphiques et visuels, permettant ainsi une expérience d’apprentissage encore plus efficace et personnalisée.
L’intégration de l’IA peut mener à une amélioration des résultats dans les domaines de l’éducation et de la carrière, augmenter l’efficacité des opérations et réduire les coûts au sein des entreprises. Toutefois, cela nécessite une formation adéquate des professionnels concernés.
Article original rédigé par : Helga Klinger-Groier.
Points à retenir
- La demande en compétences liées à l’IA ne cesse de croître, mais le manque de formation constitue un frein majeur.
- Les établissements d’enseignement doivent réorienter leurs cursus pour intégrer des modules sur l’éthique de l’IA et la cybersécurité.
- Le concept d’apprentissage continu devient essentiel face à l’évolution rapide des technologies.
- Les nouvelles formes de collaboration avec des institutions éducatives favorisent l’accès à des formations pertinentes en IA.
- Les technologies d’IA amélioreront l’efficacité des plateformes éducatives et des services associés.
L’évolution de l’intelligence artificielle présente des défis intéressants, mais aussi des opportunités de transformation pour le monde éducatif et professionnel. Comment vos organisations ou vos institutions se préparent-elles à ces changements inévitables ?
- Source image(s) : www.tageblatt.lu


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