Taskin Goec est un créateur de mode basé à Berlin, spécialisé dans la fusion de la production de mode traditionnelle avec des technologies numériques telles que la modélisation 3D et l’intelligence artificielle. Après avoir obtenu son Master of Arts en mode à la Weißensee Kunsthochschule de Berlin en 2021, il a poursuivi ses études au London College of Fashion. Passionné par l’évolution rapide des technologies dans l’industrie de la mode, Goec s’est affirmé comme un pionnier du design de mode en réalité mixte.
« La technologie numérique m’aide à être à la fois plus créatif et plus efficace », déclare Goec. Sa méthode de travail se base sur la recherche et les résultats. Il s’investit dans l’exploration et l’application continue de nouveaux outils pour améliorer et optimiser la production de mode.
Lors de la Berlin Fashion Week, Goec présentera dimanche un projet de tricot qui brouille les frontières entre créations numériques et physiques. Nous avons eu l’occasion d’échanger avec lui sur son processus de création, son approche moderne de la mode numérique, ainsi que sur l’impact de son travail sur l’avenir de l’industrie.
Pourriez-vous expliquer votre rôle en tant que designer de mode en réalité mixte ?
La définition de la mode numérique évolue constamment, avec des termes tels que ‘numérique’, ‘hybride’, ‘immatériel’ et ‘virtuel’ en constante mutation. Ainsi, il n’existe pas de intitulé officiel pour ce que je fais. J’ai donc choisi de me définir comme designer de mode en réalité mixte.
Lorsque les gens me demandent ce que je fais exactement, je leur explique que je conçois à la fois des collections de mode et des processus de travail. En somme, je cherche à réduire l’écart entre la mode numérique et physique en combinant mode traditionnelle et méthodes de travail expérimentales.
Comment combinez-vous la mode traditionnelle avec des technologies numériques dans votre travail ?
Je travaille depuis mon studio situé à l’est de Berlin, qui est équipé de machines à coudre ainsi que d’ordinateurs puissants pour le rendu, l’animation numérique et l’intelligence artificielle. Je navigue constamment entre le travail physique et numérique. La technologie numérique rend mon travail plus créatif et efficace. Elle me permet de réaliser des prototypes plus rapidement et de concevoir de manière plus durable. De plus, elle facilite le partage rapide et précis de mes idées.
Parfois, je commence par une approche physique, en essayant une technique, que je scanne ensuite pour la développer numériquement. D’autres fois, je débute numériquement, je dessine des patrons, je les imprime, puis je les ajuste physiquement. Cela réduit le nombre de prototypes nécessaires.
Mon objectif n’est pas de créer une garde-robe entièrement numérique mais d’explorer toutes les technologies disponibles pour concevoir la mode de manière moderne. Pour chaque projet, j’intègre de nouvelles technologies telles que des modèles d’IA que je programme moi-même ou des simulations en temps réel. C’est pourquoi je pense à mon travail comme à un processus dynamique de conception, plutôt qu’à une méthode fixe.

Quels logiciels et outils utilisez-vous lors de la création de mode numérique ?
Je m’appuie sur quelques outils essentiels comme Blender et Cinema 4D. Cependant, en ce qui concerne les outils les plus récents, Stable Diffusion se distingue. Il s’agit d’un outil d’intelligence artificielle qui ressemble à Midjourney, bien connu pour la création d’images génératives.
La différence réside dans le fait que Stable Diffusion offre beaucoup plus de liberté. Plutôt que de travailler avec des modèles d’IA standards, vous pouvez créer et ajuster vos propres modèles, ce qui en fait un outil puissant pour le design de mode numérique.
Comment se déroule votre processus de travail pour développer un projet de mode ?
Mon processus de travail avec Stable Diffusion est comparable à celui d’une collaboration avec mon propre équipe de design. Je programme le modèle d’IA pour qu’il comprenne mon style ainsi que ma ‘signature’ créative. Ensuite, je procède à un brief, laissant le modèle travailler pendant plusieurs heures pour générer autant de versions d’une idée que nécessaire.
Je commence souvent par une esquisse d’une silhouette et demande la création d’une pièce, comme une veste en jean, dans mon style. À la fin de la journée, je peux me retrouver avec des centaines de variantes inspirantes. Cela fonctionne comme une collaboration créative, ressemblant à la direction d’un directeur artistique supervisant une équipe.
J’ai également recours à l’IA non seulement pour l’inspiration, mais aussi pour créer des plans détaillés. Ces derniers peuvent parfois être suffisamment élaborés pour servir de point de départ concret à un nouveau produit.

Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez dans la création de mode numérique ?
La plus grande difficulté réside dans le fait de rester à jour avec les technologies en constante évolution. Il existe une multitude d’outils, et ils évoluent sans cesse. Pour moi, c’est une part essentielle de mon travail de me tenir informé, bien que cela nécessite un investissement considérable en temps – une tâche qui peut sembler à elle seule un emploi à plein temps.
Pour les créateurs de mode qui sont déjà chargés de leurs propres responsabilités, il est difficile de déterminer lesquels des outils disponibles sont les plus efficaces. Par exemple, quelle est la meilleure logiciel pour créer un Tech Pack rapidement, ou quel outil d’IA peut faciliter la création d’un patron sans couture ? Suivre les nouvelles tendances et outils d’IA reste une tâche complexe mais essentielle.
Comment restez-vous informé des dernières évolutions et tendances dans les secteurs de la mode et de la technologie ?
Je reste informé en effectuant continuellement des recherches, en expérimentant et en entretenant des échanges avec d’autres professionnels. De nombreux outils ne sont pas spécifiquement conçus pour la production de mode, ce qui m’amène régulièrement à évaluer leur pertinence pour mon travail. Cela nécessite une certaine créativité technique – trouver de nouvelles façons d’intégrer les technologies existantes dans le design de mode.
Avez-vous des conseils pour les personnes envisageant une carrière de designer en réalité mixte ?
Pour les étudiants ou ceux qui envisagent de devenir designer en réalité mixte, il est essentiel de posséder des compétences à la fois traditionnelles et techniques. Des bases solides en confection et en modélisation sont indispensables. En outre, une passion pour l’innovation et la capacité à combiner divers outils numériques de manière créative sont cruciales.
Il est également important d’apprendre à collaborer efficacement avec l’IA, ce qu’on appelle le ‘Prompt Engineering’. Cela implique de donner des instructions claires à l’IA et d’apprendre à obtenir les meilleurs résultats. Beaucoup ne tirent pas encore pleinement parti de ChatGPT, car ils ne savent pas poser des questions suffisamment ciblées.

Comment collaborer au mieux avec l’IA ?
La meilleure méthode ? Essayer et apprendre par l’erreur. En expérimentant et en analysant les résultats, on apprend à mieux interagir avec l’IA. Nous sommes tous en train de réapprendre à communiquer – cette fois-ci avec l’aide de l’IA.
Comment envisagez-vous l’avenir de la mode numérique et le rôle de la réalité mixte dans l’industrie de la mode ?
La mode numérique continue d’évoluer, mais son avenir semble différent de ce que nous imaginions pendant la pandémie. À cette époque, nous avions l’espoir de garde-robes numériques et de vies dans le métavers, une vision qui ne s’est pas concrétisée pour la plupart des gens. Le besoin de vêtements totalement numériques reste donc une question ouverte.
Parallèlement, l’essor des outils d’IA a inondé Internet de visuels numériques impressionnants, rendant la nécessité d’images numériques supplémentaires moins pressante. Ainsi, je considère l’avenir de la mode numérique comme quelque chose de pratique et d’optimiste : améliorer la production de mode physique.
De plus en plus de créateurs de mode et de grandes marques adopteront des outils numériques – tout comme Photoshop et Illustrator sont devenus des standards. Des logiciels tels que Clo3D et Blender sont désormais utilisés pour concevoir de manière plus efficace et durable. Cela pourrait mener à de meilleurs prototypes, réduire la surproduction et favoriser des modèles de précommande innovants, où les vêtements ne sont fabriqués physiquement qu’après une vente numérique. J’espère que ces technologies rendront l’industrie plus durable et efficace.
Y a-t-il des idées reçues ou des préjugés concernant votre travail que vous aimeriez éclaircir ?
Oui, de nombreuses personnes confondent la création d’images 3D, surtout avec l’utilisation croissante de l’IA. Il arrive souvent que des commentateurs sur les réseaux sociaux pensent que mes créations 3D proviennent d’IA, ce qui est erroné. Cela s’explique en partie par le fait que les consommateurs numériques deviennent plus critiques, s’interrogeant sur ce qui est authentique et ce qui ne l’est pas.
La distinction entre 3D et IA est que les images 3D existent depuis plusieurs années, notamment dans les jeux et les films. Elles sont modélisées et animées manuellement à l’aide de logiciels spécialisés tels que Blender, un processus nécessitant beaucoup de travail manuel. À l’inverse, l’IA génère des images basées sur des instructions textuelles (prompts), sans modélisation manuelle.
Ceci dit, la frontière entre les deux n’est pas toujours nette : l’IA et la 3D sont de plus en plus combinées. Par exemple, j’utilise des outils d’IA dans mes créations 3D, tout en gardant un contrôle total sur le processus. Les contenus générés par IA sont beaucoup plus imprévisibles, tandis qu’en design 3D traditionnel, je contrôle chaque détail, de la modélisation aux textures en passant par l’animation. C’est un point essentiel à souligner.
Avez-vous d’autres informations à partager concernant votre travail ?
Je conçois des processus de travail sur mesure pour les designers et les marques, mais également pour des ateliers, des sessions de tutorat et du consulting. Je constate une forte demande pour ces processus personnalisés, la mode étant souvent très spécifique. Chaque designer et chaque marque a des besoins différents, et il n’existe pas de solution standard.
Un projet récent consistait par exemple à visualiser des tricotures bicolores, que je présenterai lors de la Berlin Fashion Week, pour lequel aucun outil existant ne convenait. Nous avons dû combiner plusieurs programmes, comme Photoshop et Clo3D, pour obtenir le résultat souhaité. Ce type de défi technique nécessite le développement de processus de travail adaptés.
En matière de partage des connaissances, cela provient de ma propre expérience : créer ces processus exige beaucoup de temps et de savoir-faire technique. C’est une façon d’aider ceux qui n’ont pas toujours accès à des tutoriels suffisamment précis pour leurs besoins.
Je dispense ces tutoriels non seulement dans des universités, mais également pour des marques et sur des plateformes numériques de mode telles que Syky. Ce travail s’étend à l’échelle mondiale, car l’un des avantages des outils numériques est que nous pouvons collaborer de n’importe où.

Cet article a été initialement publié sur FashionUnited.nl et a été traduit à l’aide d’outils numériques .
FashionUnited utilise l’outil linguistique basé sur l’IA, Gemini 1.5, pour accélérer la traduction des articles et améliorer le résultat final. Cela les aide à rendre l’actualité internationale de FashionUnited facilement accessible à un public germanophone. Les articles traduits à l’aide d’outils basés sur l’IA sont relus et soigneusement édités par leurs rédacteurs avant publication.
Points à retenir
- Taskin Goec allie design traditionnel et technologie numérique, utilisant notamment la modélisation 3D et l’IA.
- Son approche dynamique lui permet de naviguer entre outils physiques et numériques, facilitant la création de prototypes plus rapides et plus durables.
- Stable Diffusion est un outil clé dans son processus créatif, lui permettant de générer des versions variées grâce à l’IA.
- La collaboration humaine avec l’IA est essentielle. La capacité de ‘Prompt Engineering’ peut optimiser les résultats obtenus.
- Il évoque la nécessité pour les designers de s’adapter aux évolutions technologiques tout en maintenant une sensibilité aux besoins spécifiques de la mode.
La discussion autour de la fusion entre mode et technologie soulève des questions fascinantes sur l’avenir de l’industrie. L’intérêt croissant pour des solutions durables et innovantes invite à réfléchir sur la manière dont la technologie peut réellement transformer notre façon de percevoir et de consommer la mode. Quelles autres applications pourrait-on envisager à l’avenir pour révolutionner cette industrie tout en respectant les valeurs environnementales et éthiques ?
- Source image(s) : fashionunited.de


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