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EuGH : Interopérabilité des grandes plateformes en ligne

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La décision d’une entreprise occupant une position dominante de refuser l’interopérabilité de sa plateforme avec une application d’un tiers, ce qui rendrait cette dernière plus attractive, peut être considérée comme un abus de position dominante (Cour de justice de l’UE, jugement du 25/02/2025, Affaire C-233/23 – Alphabet et al.). La justification de ce refus peut reposer sur l’absence d’un modèle pour la catégorie des applications concernées, dans le cas où garantir l’interopérabilité mettrait en danger la sécurité ou l’intégrité de la plateforme.

Le refus d’une entreprise dans une position dominante, ayant développé une plateforme numérique, d’accorder l’accès à cette plateforme en rejetant la demande d’interopérabilité avec une application d’un tiers peut constituer un abus de position dominante, même si la plateforme n’est pas essentielle pour l’utilisation commerciale de l’application. Un tel abus peut en effet être établi si la plateforme a été conçue pour permettre l’accès aux entreprises tierces et si elle est susceptible de rendre l’application plus attrayante pour les consommateurs. Cependant, ce refus peut être justifié si, au moment de la demande d’accès, il n’existait pas de modèle pour la catégorie d’applications concernées, si l’octroi de l’interopérabilité compromettait la sécurité ou l’intégrité de la plateforme, ou si d’autres raisons techniques rendaient cette interopérabilité impossible. Dans d’autres cas, l’entreprise en position dominante doit développer un tel modèle dans un délai raisonnable et, si nécessaire, contre une rémunération adéquate.

En 2018, Enel a lancé en Italie l’application JuicePass, permettant aux utilisateurs de localiser et de réserver des stations de recharge pour véhicules électriques. Afin de faciliter la navigation vers ces stations, Enel a sollicité Google pour rendre l’application compatible avec Android Auto, le système de Google qui permet d’accéder directement aux applications via l’écran de bord des véhicules. Les développeurs tiers peuvent adapter leurs applications à Android Auto grâce aux modèles fournis par Google. Cependant, Google a refusé de prendre les mesures nécessaires pour garantir l’interopérabilité de JuicePass avec Android Auto.

L’autorité italienne de la concurrence (AGCM) a jugé ce comportement abusif et a infligé à Google une amende de plus de 102 millions d’euros. Google a contesté cette décision, portera l’affaire devant le Conseil d’État italien, qui a demandé une décision préliminaire au tribunal.

Le tribunal a déclaré que le refus d’une entreprise occupant une position dominante de garantir l’interopérabilité de sa plateforme avec une application d’un tiers peut constituer un abus de position dominante.

Ce type d’abus ne se limite pas à un cas où la plateforme est indispensable à l’activité de l’entreprise demandeuse d’accès. Il peut également exister lorsque, comme cela semble être le cas ici, une entreprise en position dominante a conçu la plateforme non seulement pour ses propres besoins, mais aussi pour permettre son utilisation par des tiers, même si elle n’est pas essentielle à l’exploitation commerciale d’une application tierce mais permet d’augmenter son attrait pour les consommateurs.

Le refus d’accès peut encore avoir des effets anticoncurrentiels même si l’entreprise ayant développé l’application ainsi que ses concurrents sont toujours présents sur le marché concerné et ont pu étendre leur position sans pouvoir se servir de l’interopérabilité avec la plateforme. Dans cette optique, il convient d’examiner, au regard de toutes les circonstances pertinentes, si le refus pourrait entraver le maintien ou le développement de la concurrence sur le marché concerné.

Le refus d’une entreprise en position dominante de garantir l’interopérabilité d’une application avec une plateforme numérique peut ainsi être justifié par l’absence d’un modèle pour les applications concernées, si l’octroi de cette interopérabilité par un tel modèle mettait en danger l’intégrité de la plateforme ou la sécurisation de son utilisation, ou si d’autres raisons techniques rendaient impossible cette interopérabilité.

Cependant, si ce n’est pas le cas, l’entreprise en position dominante doit développer un tel modèle dans un délai raisonnable et le cas échéant contre une rémunération adéquate. Cela implique de prendre en compte les besoins de l’entreprise tierce sollicitant ce développement, les coûts réels impliqués et le droit de l’entreprise dominante à en tirer un bénéfice raisonnable.

Communiqué de presse de la Cour de justice de l’UE du 25/02/2025

Points à retenir

  • Une entreprise en position dominante doit justifier son refus d’interopérabilité avec des applications tierces.
  • Le développement d’un modèle d’interopérabilité doit être réalisé dans un délai raisonnable si aucune justification valable n’existe.
  • Les décisions de la Cour de justice de l’UE peuvent influencer la régulation des grandes entreprises technologiques.

En somme, la question de l’interopérabilité dans le domaine numérique soulève des enjeux cruciaux pour la concurrence et l’innovation. Il sera intéressant de voir comment les entreprises s’adapteront à cette dynamique et quelles mesures seront mises en place pour garantir un environnement compétitif équitable.



  • Source article et image(s) : www.ra-plutte.de

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