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À quoi ressemble le progrès : mieux qu’il y a 20 ans !

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Optimisme malgré les crises et les guerres | 3 janvier 2025

2024 a été une année marquée par des conflits, des catastrophes environnementales et des tensions sociales croissantes. Cependant, le futuriste Georges T. Roos reste convaincu qu’il existe des raisons d’être optimiste. Il partage ici ses réflexions sur les opportunités, les défis et les perspectives pour 2025 et au-delà.

2024 sera retenue comme une année catastrophique. Illustration : Des secouristes recherchent des survivants après une attaque aérienne israélienne.

2024 sera retenue comme une année catastrophique. Illustration : Des secouristes recherchent des survivants après une attaque aérienne israélienne.Photos : Keystone

Nous avons laissé 2024 derrière nous. Quelle est votre perspective en tant que futuriste sur cette année ?

Georges T. Roos : Comme beaucoup, je considère 2024 comme une année particulièrement difficile remplie de crises. Je suis impatient d’aborder 2025 avec l’espoir de moins de nouvelles négatives.

L’année 2024 a été marquée par des titres sur la guerre, des catastrophes environnementales, des tensions sociales et de nombreuses crises. Est-ce vraiment une année particulièrement mauvaise ou est-ce notre perception, également influencée par la couverture médiatique incessante ?

L’angle de notre regard a son importance. Si l’on se concentre uniquement sur les actualités négatives, on a vite l’impression que le monde se dégrade. Pourtant, adoptant une perspective à long terme, on peut également discerner de nombreux progrès : la qualité de l’air s’est améliorée, nos lacs et rivières sont plus propres et nous vivons plus longtemps, en meilleure santé et en connexion avec la nature. De plus, nous restons actifs et autonomes plus longtemps dans notre vieillesse.

Il convient de se rappeler ce qui distingue l’humanité : créativité, intelligence et capacité d’adaptation. Ces traits sont des sources d’espoir. Grâce à notre créativité et notre intelligence, nous avons fait preuve d’innovation. Des problèmes qui semblaient insurmontables ont été résolus grâce à de nouvelles approches. Mon message est clair : restons optimistes, car nous avons de réelles chances d’améliorer le monde et de relever les grands défis à venir.

Il convient de se rappeler ce qui distingue l’humanité : créativité, intelligence et capacité d’adaptation.

Georges T. Roos Futuriste

Georges T. Roos

Georges T. Roos est l’un des principaux futuristes de Suisse et fondateur de l’Institut Roos Trends & Futures basé à Lucerne. Il étudie depuis des années les mégatendances mondiales, c’est-à-dire les développements à long terme qui façonnent la société, l’économie, la technologie et la culture sur plusieurs décennies. Son objectif est de développer des perspectives à long terme pour préparer les entreprises, institutions et le grand public aux défis et opportunités à venir.

Le futuriste Georges T. Roos lors du podium économique du Limmattal en 2023.

Le futuriste Georges T. Roos lors du podium économique du Limmattal en 2023.Photo : zvg

Où voyez-vous les plus grandes opportunités pour un changement positif en 2025 ?

Cela peut sembler paradoxal, mais il est plus facile de parler des transformations à dix ans qu’à un an. Les prévisions à court terme sont souvent peu fiables, tandis que les développements à long terme tendent à être plus stables. En revanche, les changements négatifs sont généralement soudains et dramatiques, là où les changements positifs nécessitent du temps. Imaginez un enfant construisant un château avec des blocs : c’est un processus continu sans événements marquants. Mais si une sœur détruit le château, cela se produit rapidement et attire l’attention.

À long terme, je vois d’importantes opportunités dans la production d’énergie durable et les innovations médicales, notamment dans la lutte contre le cancer. De plus, la jeune génération est un moteur d’espoir : de nombreux jeunes apportent des idées novatrices. Ils vont s’attaquer aux défis futurs.

Quel rôle joue l’innovation technologique pour faire face aux défis futurs ?

L’innovation technologique est essentielle. Il est crucial de continuer à investir dans la recherche, le développement et l’éducation. L’histoire nous a montré que l’humanité a souvent rencontré des limites naturelles, lesquelles ont été surmontées par des innovations. Pensez à l’industrialisation ou à la découverte du charbon comme source d’énergie. Aujourd’hui, nous nous trouvons à un nouveau tournant. Notre consommation des ressources est trop élevée et nous en ressentons les effets. Nous devons trouver des solutions innovantes pour dépasser ces limites.

Le Berner Oberland est fortement axé sur la nature et le tourisme. Comment cette région pourrait-elle évoluer au cours des prochaines décennies ?

Avec le changement climatique, les risques de catastrophes naturelles augmentent. Nous devons mieux nous protéger contre les conséquences et prendre conscience que nous avons construit dans des zones qui étaient auparavant évitées à cause de leurs dangers. En revanche, des opportunités s’offrent à nous : dans un monde numérique et agité, de nombreuses personnes recherchent des expériences authentiques en nature. Les destinations touristiques du Berner Oberland peuvent en profiter, même si des adaptations seront nécessaires. Les stations de sports d’hiver situées à basse altitude devront faire face à de nombreux changements.

Dans des crises comme la pandémie de Covid ou les intempéries sévères de Brienz en août, nous avons constaté que la solidarité humaine se renforce.

Georges T. Roos Futuriste

Que pourraient apprendre les régions rurales comme le Berner Oberland des villes et vice versa ?

Les villes continuent de croître tandis que les régions rurales vieillissent et se réduisent plus rapidement. Cela pose des défis pour les deux. La numérisation et le transport autonome pourraient renforcer les régions rurales, mais sans services de base comme des commerces ou des écoles, il sera difficile pour les régions éloignées de stopper l’exode.

Comment la société évoluera-t-elle ? Devenons-nous plus solidaires ou chaque individu agit-il de manière plus individualiste dans un monde de plus en plus personnalisé ?

Individualisation et solidarité ne sont pas antagonistes. L’individualisation signifie que nous pouvons façonner notre vie avec plus de liberté, sans exclure l’engagement envers la communauté. Lors de crises telles que la pandémie de Covid ou les mauvaises conditions climatiques, nous avons vu que les gens agissent avec solidarité. Je pense que l’idée d’une société désolidarisée est erronée et je n’y vois pas de tendance négative.

L'augmentation de la population, selon Roos, présente à la fois des défis et des opportunités.

L’augmentation de la population, selon Roos, présente à la fois des défis et des opportunités.

Vous avez décrit 16 mégatendances sur votre site web, dont l’une est le vieillissement de la société. Quelles sont les opportunités et défis liés à la croissance du groupe « 60+ » ?

Le vieillissement de la population soulève en Suisse et dans le monde trois questions importantes :

  • Comment financer les retraites, mais surtout, comment assurer une répartition équitable entre les générations ?
  • Quelles seront les conséquences de la majorité des plus de 60 ans sur la démocratie ? Assisterons-nous à une gérontocratie, c’est-à-dire une « domination des anciens » ?
  • La Suisse restera-t-elle innovante et ouverte au changement avec une proportion aussi élevée de personnes âgées ?

En même temps, il ne faut pas oublier que les personnes âgées soutiennent les plus jeunes par le biais de la garde d’enfants, des ressources financières et du travail non rémunéré. L’idée selon laquelle les personnes âgées sont un fardeau pour la société est trop simpliste. Nous devons trouver un chemin qui respecte toutes les générations.

La population européenne diminue tandis que la population mondiale continue d’augmenter. Quelles en sont les conséquences pour la Suisse et l’Europe ?

L’Europe comptera moins d’habitants d’ici 2050 et vieillira plus vite. Cela va affaiblir l’influence géopolitique du continent. Dans le même temps, nous dépendons de l’immigration de travailleurs. Cependant, lorsque les jeunes deviennent rares dans leurs pays d’origine, la Suisse pourrait perdre de son attrait pour les migrants de l’UE, car ces derniers seront nécessaires chez eux. En Afrique, la population pourrait presque doubler d’ici 2050. Le continent pourrait devenir la région la plus dynamique du monde et gagner en importance, à condition qu’il se relève sur les plans économique, social et politique. Il existe de solides raisons à cela : les gens deviennent toujours plus éduqués, plus jeunes et disposent de nombreuses ressources. Cependant, si l’Afrique s’enfonce dans la misère, nous en ressentirons les conséquences partout dans le monde, avec un fort accroissement de la pression migratoire et du potentiel de conflits. Malheureusement, la tendance actuelle va dans le sens opposé.

Temps incertains pour l'Europe : le partenaire commercial important, les États-Unis, se dirige vers un second mandat de Donald Trump.

Temps incertains pour l’Europe : le partenaire commercial important, les États-Unis, se dirige vers un second mandat de Donald Trump.

Comment les rapports de force mondiaux évolueront-ils ?

Ici aussi, plusieurs scénarios sont envisageables. Il semble évident qu’il y aura de plus en plus de blocs de démocraties et d’autocraties s’opposant. La Chine renforce son influence, notamment en Afrique, tandis que les États-Unis adoptent une posture de plus en plus protectionniste. L’Europe est confrontée à de grands défis économiques et géopolitiques. Nous sommes dans une position fragile vis-à-vis du Sud global.

Le rythme des innovations technologiques ne cesse d’augmenter. Comment la société peut-elle suivre ces changements ?

Des technologies comme l’intelligence artificielle évoluent rapidement. Beaucoup sont surpris par ce qui est déjà possible aujourd’hui et s’inquiètent de la façon dont cela progressera dans les prochaines années. Nous devons réfléchir à la manière de mettre ces innovations au service de l’humanité, en pensant notamment aux véhicules autonomes ou au secteur médical. En même temps, ces changements rapides peuvent être déroutants pour de nombreuses personnes. Si nous percevons globalement ces nouvelles technologies comme un avantage, nous ne devrions pas rencontrer de grandes difficultés pour les adopter et les intégrer. Cependant, il est essentiel que la société puisse participer à la décision de qui fait quoi avec ces technologies. Il faut des réglementations intelligentes qui ne freinent pas le progrès, mais qui peuvent encadrer les dangers potentiels.

La mobilité et le trafic en Suisse continuent d’augmenter, tout comme la population. Que cela signifie-t-il pour l’avenir ?

Les infrastructures doivent être développées plus rapidement, car la demande augmente trop vite. Un changement de comportement est nécessaire. L’ensemble de l’infrastructure de transport est conçue pour les heures de pointe, qu’il faut étaler pour que les gens ne circulent pas tous en même temps. De plus, il est possible que des navettes autonomes réduisent le nombre de véhicules individuels à l’avenir.

Georges T. Roos regarde l'avenir avec optimisme malgré tous ces défis.

Georges T. Roos regarde l’avenir avec optimisme malgré tous ces défis.Photo : zvg

Comment peut-on amorcer ces changements de comportement, notamment en matière de durabilité qui ne semble pas aisée ?

Concernant le changement climatique, provoquer des modifications de comportement est particulièrement complexe. Les messages négatifs tels que « renoncement », « interdictions » ou « coûts » génèrent des résistances. Il serait préférable de développer des discours positifs : quelles bénéfices pouvons-nous tirer d’un mode de vie plus durable ? Comment cela améliore-t-il notre qualité de vie ? Ce changement de mentalité est urgent et je tiens particulièrement à ce que la société en prenne conscience. La même chose vaut pour la mobilité : nous devons créer des incitations positives.

Qu’est-ce qui vous donne de l’espoir pour 2025 et les années à venir ?

En examinant l’histoire, on constate que l’humanité a toujours su surmonter les crises. La Suisse est bien positionnée avec des institutions stables, une économie saine et un faible taux de chômage. Je suis confiant que nous serons en mesure de relever les défis de 2025 avec succès. Parfois, il est aussi utile de prendre du recul par rapport aux nouvelles catastrophiques que l’on entend et lit chaque jour. Nous devons aussi prendre conscience des améliorations que nous avons réalisées aujourd’hui par rapport à il y a dix ou vingt ans. Chacun peut vite trouver des exemples de progrès. Il n’y a donc pas de raison de croire que notre potentiel pour un monde meilleur soit épuisé.

Points à retenir

  • La perception des crises peut souvent être biaisée par la couverture médiatique, soulignant l’importance de se concentrer sur les progrès réalisés.
  • La créativité et l’innovation humaine sont des atouts majeurs pour relever les défis à venir.
  • Le changement climatique nécessite des approches positives et engageantes pour encourager des comportements durables.
  • Le vieillissement de la population pose des questions complexes qui exigent une répartition équitable des ressources entre générations.
  • Les avancées technologiques imposent une responsabilité collective pour assurer leur utilisation bénéfique et éthique.

Alors que le monde évolue à un rythme effréné, il est essentiel de ne pas perdre de vue les progrès réalisés et d’adopter une vision constructive sur l’avenir. La promesse d’une meilleure société dépendra de notre capacité à conjuguer innovation, solidarité et engagement envers les générations futures.



  • Source image(s) : www.plattformj.ch

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