La direction de l’université répond aux accusations des États-Unis. Elle envisage de renforcer les conditions d’accès au parc d’innovation.
Le campus de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL).
Le parc d’innovation de l’EPFL est-il devenu une plaque tournante pour les terroristes ? Cette question émerge suite à l’acte d’accusation émis par la justice américaine contre un chercheur post-doctoral iranien, actuellement détenu à Milan depuis le 16 décembre. Ce dossier semble avoir déclenché quelques jours plus tard l’arrestation de la journaliste italienne Cecilia Sala à Téhéran. L’EPFL réagit maintenant à cette situation.
La Suisse est doublement concernée par cette affaire internationale. En effet, elle représente les intérêts des États-Unis en Iran, tout en voyant l’entreprise Illumove SA, fondée par l’iranien incarcéré, être sous le feu des projecteurs. Cette entreprise, localisée dans le parc d’innovation de l’EPFL à Ecublens, aurait selon la justice américaine servi de “société écran” pour contourner les restrictions d’exportation et les sanctions américaines liées au transfert de technologies et de biens. L’enjeu central réside dans les matériaux utilisés pour la construction de drones, tel que ceux employés lors d’un assaut contre une base militaire américaine en Jordanie, ayant fait trois victimes parmi les soldats américains.
Les autorités américaines ont demandé l’extradition de l’iranien de 38 ans depuis l’Italie. Ses avocats ont demandé, selon des médias italiens, la conversion de sa détention en assignation à résidence. La gestion italienne de ce cas, qui ne concerne finalement pas un citoyen Suisse-irakien contrairement aux premiers rapports, est étroitement liée au sort de la reporter italienne emprisonnée à Téhéran.
Un chercheur postdoctoral fonde une entreprise
L’EPFL a été prise de court par cette affaire. « Nous n’avons appris cette histoire qu’après les nouvelles de l’arrestation à Milan », a déclaré Emmanuel Barraud, porte-parole des médias de l’EPFL. L’iranien avait travaillé en tant que chercheur post-doctoral à l’école et avait fondé l’entreprise en 2019.
L’EPFL l’a assisté dans l’établissement de sa société au sein du parc d’innovation, qui offre aux startups une adresse avant qu’elles ne soient en mesure de louer leurs propres bureaux. L’iranien a quitté l’EPFL en 2022, a précisé le porte-parole. Un autre iranien, qui avait également obtenu son doctorat à l’EPFL et qui figure toujours comme représentant légal chez Illumove jusqu’à mai 2021, a également quitté la société.
Interrogé sur le fait qu’Illumove, selon le registre du commerce, reste active et est toujours située au parc d’innovation, Barraud a déclaré qu’à sa connaissance, le parc a résilié le contrat de location de l’entreprise ou qu’il le fera prochainement. L’EPFL a mis en place un guide pour les chercheurs travaillant avec des applications dites à double usage, c’est-à-dire des technologies pouvant avoir des applications civiles et militaires. Ce guide fait mention des lois et règlements pertinents à consulter. Cependant, il n’y a pas lieu d’un contrôle renforcé sur Illumove, car l’établissement ne s’est pas engagé dans un partenariat avec la société, a précisé le porte-parole. Le processus d’admission au parc d’innovation sera modifié et renforcé « afin d’éviter que ce genre de situations ne se reproduise à l’avenir ».
Le Seco va-t-il intervenir ?
Les autorités suisses ne se sont pas encore manifestées auprès de l’EPFL. Pas de demande d’entraide judiciaire non plus de la part des États-Unis, comme l’a confirmé le Bureau fédéral de la justice. Le Secrétariat d’État à l’économie (Seco), responsable de l’application des sanctions et de l’exécution de la législation sur les embargos, a choisi de ne pas commenter les cas individuels. Cependant, selon le porte-parole Fabian Maienfisch, le Seco est en contact avec les autorités compétentes aux États-Unis, ajoutant que « toute infraction à la législation sur les embargos sera systématiquement poursuivie ».
L’affaire d’Illumove, qui nuit à la réputation, rappelle les contrôles renforcés instaurés en octobre dernier pour les chercheurs à l’ETH Zurich. Suite à des indications de services de renseignement et d’institutions de recherche, l’ETH a mis en place des contrôles de sécurité accrus pour les chercheurs provenant de 23 pays, dont l’Iran. D’après Barraud, l’EPFL est également en train de revoir les conditions d’admission pour étudiants et chercheurs. Ce processus se déroulera de manière similaire à celui de Zurich, mais avec certaines spécificités.
Points à retenir
- Le cas de l’iranien emprisonné a des répercussions sur les relations internationales, notamment entre la Suisse et les États-Unis.
- L’EPFL prévoit d’intensifier ses contrôles d’accès au parc d’innovation pour prévenir de futurs incidents similaires.
- Les autorités suisses se tiennent en contact avec les États-Unis concernant la situation, bien qu’aucune demande formelle d’entraide judiciaire n’ait été reçue à ce jour.
- L’ETH Zurich avait déjà mis en place des mesures de sécurité accrues pour les chercheurs provenant de certains pays, ce qui pourrait être un modèle pour l’EPFL.
- La situation soulève des questions sur la gestion des technologies à double usage et sur les politiques de recherche dans les établissements de haut enseignement.
Cette affaire met en lumière la complexité des interactions entre recherche universitaire, sécurité nationale et réglementation des exportations. Face à des défis croissants, il devient essentiel pour les institutions académiques d’évaluer leurs pratiques et d’adapter leurs processus pour garantir un cadre de recherche sûr et éthique. La vigilance et la communication avec les autorités compétentes apparaissent comme des éléments indispensables pour éviter que des incidents similaires ne se reproduisent à l’avenir.
- Source image(s) : www.nzz.ch


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