Accord avec l’UE
Quel impact le deal européen aura-t-il sur l’économie suisse ?
La Suisse pourrait profiter économiquement d’un renforcement de ses relations bilatérales. La question demeure : à quel point ?
L’économie suisse est fortement liée à celle de l’Union européenne.
Image : Michael Buholzer (Keystone)
- Le deal européen promet des avantages en matière de recherche, devrait renforcer la sécurité juridique pour les entreprises et favoriser le commerce.
- Selon une étude, l’économie suisse serait 6,5 % moins performante sans les accords bilatéraux.
- En cas de non-acceptation du deal européen, les accords bilatéraux pourraient s’effriter, compromettant ainsi certains bénéfices contractuels.
Parfois, un ensemble peut être plus vaste que la somme de ses parties. C’est là toute la difficulté d’évaluer les bénéfices économiques du nouveau deal européen.
Quelle sera l’ampleur du bénéfice pour l’économie suisse si le paquet contractuel bilatéral, présenté la semaine dernière par le Conseil fédéral, est mis en place ? Et quelles pertes pourraient survenir si les négociations prolongées échouent ?
Pour trouver des réponses, il est nécessaire de plonger dans les détails des accords et d’en tirer un jugement sur la manière dont ceux-ci s’assemblent pour former un tout. Cette tâche n’est pas simple.
Un premier indice
La Suisse a signé les premiers accords bilatéraux avec l’UE en 1999, en vigueur depuis 2002.
Une décennie plus tard, des études ont été publiées.
Ces études concluaient que les accords bilatéraux avaient contribué à une augmentation significative de la performance économique et avaient eu un effet positif sur la productivité. Par habitant, les contrats ont également favorisé la croissance.
Cela était principalement dû, selon les recherches, à la libre circulation des personnes. Ce régime d’immigration libéralisé a permis aux entreprises de recruter les compétences essentielles qui faisaient défaut sur le marché du travail local. Étant donné que l’immigration est survenue en complément des travailleurs locaux, ces derniers ont aussi bénéficié de la situation.
Après l’approbation de l’initiative sur l’immigration de masse en 2013, d’autres études ont examiné cette question. Cette fois, le focus était tourné vers l’avenir : quelles seraient les conséquences si les accords bilatéraux venaient à disparaître subitement en raison d’une violation par la Suisse ?
Deux études conduites par les cabinets Ecoplan et BAK Economics en 2015 ont conclu que le PIB sans les accords bilatéraux serait inférieur de 4,9 % à 7,1 % d’ici 2035, et qu’en par habitant, il pourrait diminuer de 1,5 % à 3,9 %. En 2020, BAK Economics, dans le contexte de l’initiative sur la limitation, a mis à jour ses calculs et a trouvé des valeurs similaires (–6,5 % en total et –4,4 % par habitant). Cela correspond à une perte de prospérité de plusieurs milliers de francs par personne chaque année.
Ces chiffres offrent une première indication de la valeur des accords bilatéraux. Toutefois, le contexte actuel est différent : il ne s’agit pas d’un retrait soudain des accords, mais de la question de savoir si les relations avec l’UE peuvent être approfondies par rapport à la situation actuelle.
L’analyse des détails
D’où la question devient plus subtile. Que perd la Suisse précisément si elle ne conclut plus de nouveaux accords ? Et comment la valeur des accords existants évolue-t-elle si ceux-ci ne sont pas actualisés au fil des ans ?
Selon les domaines, le tableau est varié :
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Libre circulation des personnes : Cet accord bilatéral est celui qui revêt le plus d’importance économique à court terme. Si la Suisse préserve la libre circulation des personnes, il est probable que l’UE n’envisagera pas de résilier cet accord, même si la Suisse choisit de ne pas approfondir davantage ses relations bilatérales. Ainsi, le principal avantage du cadre contractuel actuel semble être sécurisé. Cela relativise quelque peu les bénéfices du nouvel accord.
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Médiation des litiges : Certaines divergences se sont accumulées dans le cadre du forum de dialogue des accords bilatéraux. Par exemple, l’UE conteste la manière dont la Suisse gère les contrôles salariaux des travailleurs détachés. Les nouveaux accords prévoient un tribunal arbitral chargé de résoudre ces conflits. Cela permet des décisions contraignantes et évite à une partie de prendre des mesures compensatoires arbitraires en cas de désaccord. Un conflit ne peut ainsi plus escalader et reste circonscrit, ce qui constitue un atout pour la sécurité juridique en Suisse et peut inciter les entreprises à y faire des investissements.
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Coopération en matière de recherche : Un domaine où la sécurité juridique serait directement perceptible est la recherche. Dernièrement, l’UE a entravé certaines initiatives suisses : les institutions locales ne pouvaient plus diriger des projets de recherche dans le cadre de Horizon Europe, et les chercheurs suisses n’étaient plus en mesure de demander des financements. Si de nouveaux accords sont conclus, ces voies pourraient être rétablies, renforçant ainsi la capacité d’innovation de la Suisse et permettant, en plus des universités, aux entreprises d’accéder au financement des programmes de recherche européens pour développer de nouvelles technologies et produits. Un secteur qui pourrait en bénéficier est l’industrie technologique.
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Obstacles techniques au commerce : L’accord sur la reconnaissance mutuelle des évaluations de conformité fait partie des accords bilatéraux I. Il réduit la bureaucratie dans le commerce transfrontalier : les fabricants n’ont pas besoin de certifier leurs produits à la fois dans l’UE et en Suisse, mais seulement dans un cadre juridique. Si les relations bilatérales restent au statu quo, cet accord perdra progressivement sa validité. En 2021, cela avait déjà touché le secteur des technologies médicales. Selon Economiesuisse, les équipements de construction, les machines et les véhicules seraient les prochaines catégories de produits susceptibles de poser problème à l’avenir, en raison des évolutions législatives de l’UE. La gravité de ces conséquences reste pourtant difficile à évaluer.
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Électricité : Un nouvel accord sur l’électricité avec l’UE, selon le secteur, renforcerait la sécurité d’approvisionnement en Suisse. Cela faciliterait l’importation et l’exportation d’électricité et réduirait la nécessité pour la Suisse de construire des capacités de réserve supplémentaires pour les mois d’hiver critiques. Une étude de l’ETH prédit que sans un tel accord, l’industrie de l’électricité devra investir davantage.
Les économies réalisées pourraient atteindre jusqu’à 2 milliards de francs par an
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Contributions à la cohésion : Le nouvel accord prévoit que la Suisse versera 350 millions de francs aux pays moins développés de l’UE à partir de 2030. Actuellement, cette aide au développement s’élève à 130 millions de francs par an. Cette différence est relativement modeste : les paiements supplémentaires représentent environ 25 francs par an et par personne.
Cette liste souligne que le paquet d’accords représenterait un gain d’un point de vue économique. Cependant, il est difficile de quantifier précisément ce bénéfice.
La perspective d’ensemble
La première raison est l’incertitude politique concernant les conséquences d’un éventuel refus. La Suisse pourrait-elle négocier un nouvel accord avec l’UE dans quelques années – peut-être un meilleur ? Ou le présent accord est-il la meilleure offre que la Suisse est susceptible de recevoir dans un avenir proche ?
Deuxièmement, les mécanismes économiques ne sont pas toujours prévisibles. Les accords bilatéraux sont complexes : ils influencent l’attractivité d’un emplacement sous divers aspects et impactent les décisions que des milliers d’entreprises et de particuliers prennent continuellement – en faveur ou en défaveur d’investissements dans une entreprise donnée, d’une nouvelle ligne de produits ou d’une formation spécifique.
Ces millions de décisions sont cruciales pour le développement économique. Elles jouent un rôle clé dans le maintien et le développement du bien-être à long terme.
Des études désignent cette nécessité systémique dans le cadre des bilatérales comme un « effet systémique ». Cette expression vise à souligner que les différents aspects de l’accord – une plus grande sécurité juridique, un meilleur accès au marché, une promotion accrue de l’innovation – engendrent ensemble des avantages qui sont significativement plus grands qu’il n’y paraît lorsque l’on les envisage isolément.
Néanmoins, il reste à déterminer l’ampleur exacte de ces effets systémiques concernant le nouveau deal européen : personne n’a encore effectué de calcul précis al cette question. De plus, il ne sera pas possible, à l’avenir, d’en évaluer que des ordres de grandeurs.
Il est donc plausible que le bilan se présente de la manière suivante : si la Suisse rejette le deal européen actuel, les relations bilatérales s’éroderont progressivement, entraînant avec elles une partie des gains de prospérité que ces accords offrent – de plusieurs milliers de francs par personne et par an.
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Simon Schmid est rédacteur au sein du secteur économique. Il a étudié la sociologie et l’économie et enseigne le journalisme de données à MAZ Lucerne et à la FHNW.
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Points à retenir
- Le nouvel accord potentiel avec l’UE pourrait renforcer les relations économiques entre la Suisse et ses voisins européens.
- Des études montrent que la Suisse pourrait perdre une partie importante de sa performance économique si les accords bilatéraux s’effritent.
- Les domaines tels que la recherche et la libre circulation des personnes sont particulièrement sensibles aux changements dans les accords bilatéraux.
- La question de la sécurité juridique et de la régulation des litiges émerge comme un point crucial pour inciter les entreprises à investir en Suisse.
Globalement, bien que les avantages potentiels du nouvel accord européen soient clairs, les incertitudes politiques et économiques soulignent l’importance de peser soigneusement les implications d’une éventuelle décision de rejet. L’impact de ces accords va bien au-delà d’un simple cadre juridique et touche à la dynamique même du développement économique à long terme.
- Source image(s) : www.tagesanzeiger.ch


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