Les perspectives d’autres chercheurs sur cette étude
Selon Eva Markowsky, économiste à l’Université de Potsdam, un élément essentiel manque dans l’étude : l’évolution des flux migratoires pendant la période examinée, notamment les candidatures d’asile en 2015 et 2016 en provenance de Syrie et d’Afghanistan, ainsi que les réfugiés ukrainiens depuis 2022. Elle souligne que cela a nettement accentué les attitudes xénophobes, ce qui se reflète dans les résultats électoraux des partis d’extrême droite. “Cela a – comme l’étude le démontre clairement – des effets directs sur la migration de travail”, ajoute-t-elle, suspectant que l’impact sur la migration professionnelle a plutôt augmenté.
Sulin Sardoschau, économiste en migration à l’Université Humboldt de Berlin, fait état d’un dilemme face aux résultats de l’étude. Même si les taux migratoires absolus dans certaines régions allemandes ne sont pas particulièrement élevés, on constate toutefois que les zones où la mobilisation de l’extrême droite est forte pourraient attirer moins de professionnels et de main-d’œuvre nécessaires. “Cela peut aggraver une faiblesse structurelle déjà existante, notamment dans les régions de l’est de l’Allemagne où la population est fortement vieillissante, alors que la pénurie de main-d’œuvre continue d’augmenter”, déclare l’économiste. D’après Sardoschau, le problème qui en résulte concerne finalement tous les habitants de l’Allemagne : “Une réduction de l’immigration de travailleurs qualifiés et non qualifiés pourrait fragiliser les opportunités de croissance et la stabilité démographique.”
En ce qui concerne la période d’étude, elle précise que “depuis 2017, la présence de l’AfD et le climat politique général ont évolué. Que les effets se soient accentués ou atténués aujourd’hui dépend de l’évolution de la visibilité publique des idéologies de droite et des actes de violence. Toutefois, le modèle suggère qu’un soutien élevé et durable aux partis de droite, ainsi que possiblement des violences de droite, ne sont pas des facteurs favorables à la migration de travail dans les régions touchées.”
Les critiques adressées à l’étude par des collègues
Martin Huber, spécialiste de l’évaluation des politiques à l’Université de Fribourg en Suisse, exprime des réserves sur la méthodologie de l’étude. Bien que l’analyse prenne en compte les différences économiques entre les régions ainsi que certaines caractéristiques régionales invariables dans le temps, elle repose sur des hypothèses concernant l’impact de la xénophobie sur le choix des lieux de résidence, comme celle que cet effet ne change ni dans le temps ni en fonction de l’intensité de la xénophobie. Cette approche serait donc quelque peu obsolète.
Jennifer Hunt, professeure d’économie du travail à l’Université Rutgers aux États-Unis, indique : “Il semble évident que les immigrants évitent les zones hostiles à l’immigration. Cependant, ces mêmes zones pourraient chercher des boucs émissaires en raison de la mauvaise santé de l’économie, et la faible immigration dans ces régions pourrait donc être attribuée en partie à des facteurs économiques plutôt qu’à la xénophobie.”
Panu Poutvaara, directeur du Centre pour la migration et l’économie développement à l’Institut Leibniz de recherche économique de l’Université de Munich, déplore également l’absence d’un élément clé dans l’étude : la distinction entre l’Est et l’Ouest de l’Allemagne. “J’aurais aimé voir si les résultats sont également valables dans les nouveaux et anciens Länder si ceux-ci étaient étudiés séparément.”
Points à retenir
- L’évolution des flux migratoires entre 2015 et 2022 a eu un impact notable sur les attitudes xénophobes et les résultats électoraux des partis d’extrême droite en Allemagne.
- Les régions à forte mobilisation de l’extrême droite pourraient manquer de professionnels qualifiés, ce qui interroge les dynamiques démographiques et économiques locales.
- La perception des zones migratoires défavorables pourrait être influencée par des facteurs économiques plus que par des sentiments xénophobes.
Dans l’ensemble, cette discussion met en lumière la complexité des relations entre migration, xénophobie et développement économique. Si la perception de l’immigration est souvent empreinte d’émotions, il est essentiel d’examiner les réalités socio-économiques sous-jacentes pour formuler des politiques migratoires efficaces. Quel sera donc l’impact à long terme de ces dynamiques sur l’ensemble de la société allemande ?
- Source image(s) : www.mdr.de


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