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L’œuvre visionnaire de Refik Anadol au Kunsthaus

Avec sa visualisation de la fragilité des glaciers, Refik Anadol attire l’attention sur les enjeux du changement climatique. Ce projet, offert au Kunsthaus de Zurich, offre également un aperçu des possibilités infinies qu’offre l’intelligence artificielle dans le domaine de l’art contemporain.

Dans le cabinet de miroirs infini de l'art KI de Refik Anadol : vue de l'installation au Kunsthaus Zurich, 2025.

Dans le cabinet de miroirs infini de l’art KI de Refik Anadol : vue de l’installation au Kunsthaus Zurich, 2025.

Franca Candrian, Kunsthaus Zürich / © Refik Anadol

Les images offrent une échappatoire au présent. On entre dans le cadre comme à travers une porte, plongeant dans la vue atmosphérique de la Tamise peinte par Claude Monet au coucher du soleil — une évasion vers Londres en 1904, en quelque sorte. Cette œuvre est exposée au Kunsthaus Zürich. À quelques pas de là, une nouvelle porte s’ouvre. Elle est de taille imposante et mène à un espace artistique entier. Cependant, ici, il ne s’agit pas de fuir l’histoire de l’art. L’œuvre numérique de Refik Anadol s’inscrit totalement dans l’art contemporain, proposant ainsi une évasion vers l’avant, vers la future.

Nous sommes en présence d’une importante utilisation de l’intelligence artificielle. Né en 1985 à Istanbul et aujourd’hui basé à Los Angeles, l’artiste considère l’IA non pas comme une menace mais comme une opportunité. Il affirme que l’humain reste au cœur de son œuvre : c’est lui-même en tant que créateur. L’IA n’est qu’un outil, une sorte de pinceau numérique avec lequel il réalise ses œuvres, analogue à la manière dont Claude Monet a créé ses peintures impressionnistes. La différence réside dans le fait qu’Anadol expose ses créations en trois dimensions dans un espace immersif, une méthode adaptée à notre époque hautement digitalisée.

Dans cette œuvre multisensorielle d’IA, il ne faut pas faire appel à l’imaginaire comme avec la vue de la Tamise au coucher du soleil offerte par Monet. Au contraire, on est littéralement absorbé dans l’espace artistique d’Anadol, à la recherche d’une prise pour ne pas tomber dans le tourbillon d’images, tandis qu’un sol miroir infini s’ouvre à nos pieds. Le matériel visuel déferle tout autour de nous comme une cascade sur les quatre murs de la salle.

Refik Anadol appelle cela le « data painting » : vue de l'installation de « Glacier Dreams ».

Refik Anadol appelle cela le « data painting » : vue de l’installation de « Glacier Dreams ».

Franca Candrian, Kunsthaus Zürich / © Refik Anadol

Une nouvelle forme artistique

La force visuelle des images d’Anadol est impressionnante, puisque pour son nouvel œuvre « Glacier Dreams », l’artiste a utilisé pas moins de cent millions d’images. Ces images proviennent d’archives en ligne et de fichiers d’institutions. À cela s’ajoutent les dix millions d’images de son propre ensemble de données. Elles présentent des glaciers d’Islande, du Groenland, de l’Antarctique, et même du monde entier.

L’installation immersive constitue un modèle de nouvelles formes de création culturelle à l’intersection de l’art, de la science et de la technologie. L’intelligence artificielle et le Big Data sont des tendances majeures de notre époque. Ainsi, le Kunsthaus de Zurich souhaite reconnaître à travers cette nouvelle œuvre la transformation numérique comme l’un des développements les plus significatifs de notre époque, notamment dans le domaine des arts visuels. « Glacier Dreams » a été offert au Kunsthaus par la Banque Julius Bär, qui soutient les nouvelles technologies dans le cadre de son programme de promotion culturelle.

Un visiteur au milieu du flux d'images en constante évolution.

Un visiteur au milieu du flux d’images en constante évolution.

Ennio Leanza / Keystone / © Refik Anadol

Refik Anadol est l’un des pionniers de l’art basé sur l’intelligence artificielle. Une de ses œuvres majeures est exposée au Museum of Modern Art de New York. Ce n’est pas seulement en virtuose de l’intelligence artificielle qu’Anadol se distingue, mais aussi par son habileté à jongler avec d’énormes ensembles de données, comme le montre son dernier travail au Kunsthaus. L’artiste, bien qu’il ne soit pas un activiste, ne crée pas non plus pour le plaisir. Son œuvre porte un message : avec des images poignantes, « Glacier Dreams » célèbre, de manière très poétique, la beauté et la grandeur des glaces tout en attirant l’attention sur la fragilité des glaciers.

Anadol allie dans cette œuvre magistrale art, technologie et problématiques climatiques de manière spectaculaire. Son œuvre engage les spectateurs sur toutes les dimensions de la perception. Elle touche non seulement les sens de la vue, de l’ouïe, du toucher et de la pensée, mais même l’odorat est également sollicité : un parfum spécialement conçu pour ce projet diffuse l’odeur de l’eau gelée. Le cube fonctionne également comme une sculpture moderne. Il a été créé spécifiquement pour le Kunsthaus Zürich et peut être démonté et transporté à d’autres endroits pour être exposé ailleurs.

Un pionnier de l'art KI : l'artiste turco-américain Refik Anadol au Kunsthaus Zürich lors de la présentation de « Glacier Dreams ».

Un pionnier de l’art KI : l’artiste turco-américain Refik Anadol au Kunsthaus Zürich lors de la présentation de « Glacier Dreams ».

Ennio Leanza / Keystone

Dans un flux permanent

Refik Anadol s’inspire également, à travers cette œuvre, de la collection du Kunsthaus, notamment des travaux des impressionnistes français comme Claude Monet. Pour l’artiste, les célèbres nénuphars de Monet constituent aussi, d’une certaine manière, des espaces d’image immersifs. Selon Anadol, l’utilisation de pigments par Monet a anticipé l’art numérique d’aujourd’hui.

Avec une touche d’humour, Anadol qualifie sa « peinture » de « data painting ». La seule différence avec Monet est que sa dernière œuvre est une toile dont les couleurs n’ont plus besoin de sécher. Dans cette œuvre où les couleurs demeurent fluides et ne se figent jamais, tout peut constamment prendre de nouvelles formes. Ainsi, l’installation super-technique d’Anadol « Glacier Dreams », avec son flux constant de configurations d’images renaissantes, remet en question l’achèvement traditionnel des œuvres d’art.

Points à retenir

  • Refik Anadol utilise l’intelligence artificielle pour créer des œuvres immersives engageant les spectateurs sur plusieurs niveaux sensoriels.
  • « Glacier Dreams » implique un vaste ensemble de données, incluant des images de glaciers du monde entier, soulignant la beauté et la fragilité de ces structures.
  • L’œuvre est conçue pour être démontable, permettant une flexibilité d’exposition dans divers contextes culturels.

La présentation de « Glacier Dreams » ouvre la porte à une réflexion sur l’interconnexion entre art et technologie à l’ère du numérique. Comment l’art peut-il continuer à dialoguer avec des problématiques contemporaines, telles que le changement climatique, à travers les outils modernes et l’imagination des créateurs ?



  • Source image(s) : www.nzz.ch

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